Publié dans Blois, Littérature

J’ai lu : Le chat de l’ombre de Philippe Barbeau et c’est mignon

Lorsque j’étais au CM2, il y avait dans la classe une petite étagère qui faisait guise de bibliothèque. Dans cette bibliothèque, il y avait de nombreux romans et parmi eux, Le chat de l’ombre de Philippe Barbeau. Nous le lisions ensemble en classe.

Une petite vingtaine d’années plus tard, l’envie me prit de relire ce roman. Parce que je me souvenais que l’histoire se déroulait à Blois. Et puis parce que… j’ai un chat. Oui, il y a plus glorieux comme raison, mais attendez voir, je vais vous expliquer.

Le « pitch »

Le chat de l'ombre
Philippe Barbeau, Le chat de l’ombre, Editions Milan, 1992 (119 pages).

Le Chat de l’Ombre raconte les aventures d’un jeune garçon, José. Solitaire, peu enclin à fréquenter les autres enfants de la classe, il se lie avec Neige, une chatte errante et sauvage de son quartier. Hélas, après plusieurs jours d’absence, il la retrouve morte, écrasée par un chauffard. Désespéré, il se lance alors à la recherche de ses petits, tout juste nés, qui ne survivront pas si rien n’est fait en l’absence de leur mère. Il découvre leur cache, dans les caves des immeubles de la ZUP : un seul chaton à survécu. José le nomme Bonhomme et fait de lui son seul et unique ami pour qui il est prêt à rejoindre l’ombre, fuguer, voler et se cacher du reste du monde. Survivre dans les rues de Blois.

Un bon roman pour les lecteurs en herbe

Les lecteurs en herbe (vous savez ces petits trucs sur pattes qui nous ressemblent tant
sans pour autant être tout à fait des nôtres – oui ! les enfants, voilà !) apprécieront, j’ose croire, ce roman. Voyez-vous, Philippe Barbeau ne s’est pas trop trompé dans la façon dont il mène le récit. Il faut dire que l’auteur a été pendant plusieurs années instituteur ; il connait donc bien cet étrange public.

Le chat de l'ombre 2
Illustration de Thierry Christmann (p.15)

Le début du récit est -comme on dit dans le jargon – in medias res (expression latine signifiant littéralement « au milieu de la chose »). C’est à dire que dès les premières pages, l’action est en court, si bien que le lecteur a le sentiment de prendre le wagon en route. Ce genre de commencement est excellent pour susciter son intérêt : le lecteur  va d’emblée se questionner sur ce  que fait le personnage et sur ses motivations.

Barbeau a aussi construit son récit selon le point de vue de José. Le lecteur perçoit ainsi le monde comme l’enfant le voit et le vit. Pour l’adulte que je suis (et que vous êtes aussi surement), c’est très intéressant. Se replonger dans la tête d’un gamin de 10 ans, c’est revoir ses relations aux autres, avec ses parents notamment. C’est aussi redonner au monde ultra-normé et rationnel de l’âge adulte un peu de merveilleux, de fantastique et d’exotisme : des caves sombres peuvent surgir des monstres, un magasin est un espace de « grandes personnes », où l’on imite l’adulte, où l’on joue un rôle. Il sera donc très facile pour le jeune lecteur de s’identifier à José qui commence, doucement, à s’émanciper de ses parents et qui conçoit son environnement comme un espace à arpenter, à découvrir.

J’ajouterai enfin que les illustrations de Thierry Christmann, disséminée au fil du roman, valent le coup d’oeil !

Un roman optimiste et un roman d’apprentissage (oui, oui)

Le personnage principal, José, peine au début du roman à trouver sa place dans la cour de l’école et dans son quartier, au beau milieu de la ZUP des années 1990.

Plusieurs enfants jouaient sur la place. Pas question de descendre pour l’instant. Des bribes d’éclats de voix lui parvenaient. Même atténuées par la distance, les cris de ces gosses remuaient en lui comme une vase repoussante, menaçante presque. Les enfants d’ici l’effrayaient. Ils étaient trop démonstratifs, trop bruyants, trop envahissants. José possédait toujours la nature discrète de sa Sologne natale au fond du cœur et cela lui interdisait l’accès aux amitiés du quartier.

Il trouve subitement sa raison de vivre lorsqu’il décide de veiller sur Bonhomme, le jeune chaton de Neige. Pour la première fois, le garçon va se retrouver en proie à une énorme responsabilité qu’il assumera coûte que coûte. Pour cela, il va défier l’autorité de ses parents, défier la société et la loi. Il va se tapir au fond d’une chaufferie, s’isoler une bonne fois pour toute de ce monde qu’il abhorre. Et il va apprendre. A travers ses bêtises et ses errances. Lorsque la situation va devenir invivable et le monde plus hostile que jamais, c’est une petite fille, Claire, qui va finalement l’amener à reprendre le droit chemin. Il prend conscience que son chaton, Bonhomme, aspire à la liberté et aux découvertes, et qu’il ne pourra pas le maintenir éternellement dans une cave. Il le laisse alors chez Claire, devenue son amie, et vivant à l’orée de la ZUP et des champs.

En laissant Bonhomme dans les mains d’une autre personne lui garantissant une vie heureuse et libre, José grandit : il  fait un douloureux sacrifice pour le bonheur de son chaton. C’est un petit peu de son enfance qu’il laisse chez Claire, de son impulsivité et de son irrationalité de petit garçon.

Blois : un espace (plus ou moins bien) vécu.

Bien avant Denis Tillinac dans Retiens ma nuit et dans un tout autre registre, Barbeau ancre

Le chat de l'ombre 3
« Quatre bâtiments, dont le sien qui dominait l’ensemble de ses dix étages, délimitait la place Surcouf, un ensemble meublé de blocs de béton où une demi douzaine d’arbres plus ou moins rachitiques « poussaient » ». Illustration de Thierry Christmann (p.23)

son récit à Blois. C’est une ville que l’auteur connait bien, puisqu‘il y est né et y a vécu plusieurs années.

La description que fait Barbeau des espaces vécus par José est littéralement sensible. José est attentif aux matières et aux bruits de ces espaces. Il ne semble pas trouver dans son quartier de la place Surcouf la quiétude des vieilles pierres qu’il retrouve en centre-ville. D’ailleurs, la place que Barbeau décrit n’existe plus aujourd’hui en l’état. En effet, les quartiers Nord de la ville (c’est comme ça que l’on nomme dorénavant « la ZUP ») ont subit des réaménagements (nécessaires) depuis le début des années 2000 : de nombreuses tours ont été détruites. Pour avoir également vécu dans ce quartier dans les années 1990, je dois admettre avoir appréhendé la ZUP – en dépit de mon jeune âge à l’époque – un peu de la même façon que José. J’y avais pourtant toujours vécu, mais le bruit des enfants, la façon dont ils s’appropriaient ces espaces communautaires, ne me permettaient pas vraiment d’y être bien.

En revanche, le centre-ville, c’est autre chose. Il ne semble d’ailleurs pas avoir beaucoup changé depuis que José a cherché à s’y réfugier (cf. extrait ci-dessous).

José avait définitivement quitté la ZUP.

Il descendait vers la vieille ville par des petites rues qu’il savait peu fréquentées. […] Bonhomme dans les bras, il sifflotait et s’apprêtait à traverser la rue de la Garenne, une artère encaissée se faufilant sous un pont de chemin de fer en pierre taillée lorsqu’il reconnu une voiture comme celle de ses parents à la sortie du virage suivant. […]

Il déboula vers le centre-ville pendant près d’un kilomètre, puis se calmant enfin, reprit la marche. Comme il l’espérait au plus profond de lui-même, la vieille ville lui redonna confiance. Il sentait les murs « vibrer » à sa passage, un peu comme dans son ancien village. Il comprenait leurs silences de pierres, savouraient leurs rondeurs respectables. Les lumières des vitrines l’éblouirent comme le soleil se reflétant sur un étang […]. Ce fut presque réconforté qu’il arriva au carrefour de la rue du Commerce et de la rue des Trois Clés.

José s’assit sur un des bancs de pierre marquant la rencontre de ses rues piétonnes. Il était seul et se rendit compte du silence. La solitude se fit à nouveau pesante. Il ressentit soudain la même chose que ce dont il souffrait avant de rencontrer Neige. L’absence de Bonhomme lui remonta en tête comme un vent d’hiver entre les HLM.

Il est assez amusant d’imaginer le héros du roman déambuler lui aussi des ces rues si fréquentées, si emblématiques du centre-ville. Si vous aussi, vous êtes de Blois et que l’envie vous prend de proposer ce roman en lecture à vos enfants, quel beau prétexte pour les emmener en balade sur les pas de José !

Le Chat de l’Ombre est un petit roman qui se laisse lire agréablement. Pour qui vit à Blois, c’est l’occasion d’auréoler quelques lieux emblématiques de la ville d’un peu d’imagination et de fantaisie. Je crois me souvenir que Barbeau avait écrit ce livre par épisodes décousus, au fil de ses idées et de ses envies et qu’il lui avait été par la suite difficile de lier ces épisodes ensemble pour en faire ce roman. Hé bien le résultat est loin d’être mauvais ! Il est d’ailleurs bien dommage que ce livre soit maintenant épuisé. Vous ne pourrez le trouver que d’occasion

Je terminerai tout de même sur ce point-3615MyLife: j’ai pris plus de plaisir, je crois, à lire ce livre aujourd’hui qu’il y a vingt ans. La raison est simple et même toute bête : à l’époque, je n’avais pas de chat et je vivais dans une famille où ces petites bêtes étaient vues comme des nuisibles. Je peinais donc à comprendre l’intérêt de José pour Neige, puis pour Bonhomme, puisque chez moi, on me disait que les chats ne rendaient pas l’affection que leurs maîtres pouvaient avoir pour eux. Quelle erreur ! Maintenant que ma petite chatte partage ma vie, je me rends compte combien ces bestioles sont capables de donner autant qu’elles reçoivent, et combien elles sont attachantes (parfois… littéralement !). [Au moment même où j’écris ces lignes, ma minette vient me faire des câlins… c’est-y pas mignon !]

Bref, pour conclure cet article qui part dans absolument tous les sens [bravo si vous avez eu le courage de lire toutes mes tergiversations autour de ce roman], Le chat de l’ombre est un bon petit roman pour la jeunesse qui ne fera en tout cas pas de mal à vos enfants et qui , bien au contraire, contribuera à leur donner le plaisir de la lecture et même, avec un peu de chance, l’envie de prendre eux aussi des responsabilités !


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