Publié dans Littérature, Société(s)

J’ai lu, « Malaise dans la démocratie » de Jean Pierre Le Goff et… je ne sais pas quoi en penser

Il faudrait vivre dans une grotte pour ne pas voir que la démocratie, en France et en Europe, va mal. C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup, ayant à cœur de jouer activement mon rôle de citoyenne de ce pays et du monde. Mais avant d’agir, il est bon de s’instruire, de se questionner, et de chercher des réponses. C’est ce qui m’a poussé à ouvrir le dernier ouvrage de Jean-Pierre Le Goff, Malaise dans la démocratie, paru chez Stock.

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Jean Pierre Le Goff, Malaise dans la démocratie, Stock, 2016. 272 pages, 19€.

Je ne connaissais pas Jean-Pierre Le Goff. Et –très naïvement – je me suis dit qu’un Le Goff devait forcément être brillant et perspicace comme peut  l’être son homonyme historien. Et puis la brève qui lui était destiné dans le dernier numéro du magazine Lire ne pouvait que m’enthousiasmer d’aller à la rencontre de cet ouvrage.

Et… comment dire… alors que je viens de refermer (avec tristesse) le livre il y a de cela à peine quelques heures, je suis très mitigée sur cette lecture. Pour tout vous dire, j’avais l’intention d’écrire une critique acerbe, jusqu’à ce que je ne lise la conclusion. Hé là, je me suis rendue compte que j’étais plutot d’accord avec Le Goff. Mais il aura tout de même fallu attendre la fin pour que je m’en rende compte…

En effet, au cours de ma lecture, plus j’avançais dans la « démonstration » de l’auteur, plus j’avais le sentiment que Malaise dans la démocratie méritait mieux fait d’être titré Malaise de Jean-Pierre Le Goff vis-à-vis de la société contemporaine.

Curieusement, pas à un seul instant J.-P. Le Goff ne définit la démocratie, pas plus qu’il ne parle de crise de la représentativité, de la souveraineté ou de gouvernance avant sa fameuse conclusion. Il dresse plutôt un portrait du fonctionnement inhérent de la société contemporaine, en opposant sans cesse « ancien monde » (pré-Mai 68) et « nouveau monde » (post-Mai 68) dans une accumulation d’items curieusement hétéroclites et disjoints. Les sujets se suivent, mais jamais le sociologue n’expose explicitement sa thèse. Jamais ? Si, en fait. Mais il faudra s’armer de patience et attendre la conclusion pour savoir où tout cela est censé nous mener.

Si son analyse met parfois le doigt sur des dysfonctionnements évidents, elle reste pour autant très partiale. Parfois, il semblerait que J.-P. Le Goff ne parle pas du malaise démocratique mais du sien propre face à l’évolution d’une société qu’il ne comprend pas ou – plus simplement – qu’il n’aime pas. Il s’avère que ses critiques, pour intéressantes qu’elles soient, ne sont pas resituées dans leur contexte, ce qui brouille le message (ex : il critique les nouvelles formes de pédagogie sans prendre en compte que l’évolution de l’enfant se fait aussi selon l’évolution de la société, pour le meilleur comme pour le pire). J’ai donc eu d’abord le sentiment que J.-P. Le Goff était passé à coté du sujet, que son analyse était biaisée et qu’il oubliait finalement de traiter de l’essentiel.

Pour autant, si son ouvrage peut parfois faire grincer des dents, il offre un éclairage intéressant sur l’évolution de la société et certains travers socio-politiques (ex : la pseudo-démocratisation culturelle qui prend souvent la forme d’une pédante condescendance artistique, une réalité du monde faiblement ancrée dans les consciences).

Car ce que dénonce J.-P Le Goff est -hélas- criant de vérité : il met en cause « la démocratie des anges » qui brouille les repères et nie des réalités difficiles à regarder en face. Il opère, à la fin, une analyse fine, nuancée, loin des raisonnements bipolaires et manichéens souvent énoncés, relayés dans la presse et les médias. Tout le monde en prend pour son grade : l’Etat mais aussi nous, les citoyens. Il pointe du doigt le désinvestissement des familles dans l’éducation des enfants, l’individualisme porté à l’excès, l’absence de vision d’avenir de nos dirigeants. Mais tout cela, il ne le fait que dans les dix dernières pages…

Même si je ne partage pas certains constats de l’auteur, Malaise dans la démocratie reste un ouvrage pertinent et intéressant pour qui désire comprendre les écueils dans lesquels se trouve piégée notre société.

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