Publié dans Littérature

J’ai lu « En attendant Bojangles » de Olivier Bourdeaut et j’ai pleuré

Il y a des livres comme ça, des petites pépites insoupçonnées qui vous transportent dans un univers décalé, qui vous ouvrent le champ des possibles et qui vous font passer du rire aux larmes. La première pépite que j’eus découverte fut sans nul doute Le Cercle Littéraire des Amateurs d’Epluchures de Patates (Annie Barrows et Mary Ann Shaffer, 2008). Est-il encore nécessaire de présenter ce roman tant son succès fut fulgurant ? De toute façon, là n’est pas pas le sujet. Car chers amis lecteurs du monde entier, je crois avoir dégoté mon second livre pépite. Je ne suis pas sure encore.  Pour autant, En attendant Bojangles est en bonne voie pour décrocher à son tour  le titre.

Rien pourtant ne rapproche ces deux romans, ni la forme narrative, ni les auteurs, pas plus que le en-attendant-bojanglesstyle, ou même le récit ; rien de rien vous dis-je !

Enfin… si ! Ils ont en commun de transporter le lecteur dans une histoire incongrue, incroyable et touchante, une histoire bourrée d’un je-ne-sais-quoi de positif qui redonne foi en l’humanité. La douceur peut-être ? Je ne saurais mettre un mot.

Un bijou de tendresse

En attendant Bojangles est un petit bijou de bonne humeur. Pourtant, le sujet – grave – apparaît d’abord en filigrane avant d’émerger petit à petit jusqu’à l’apothéose finale.

Il est assez difficile à mon sens de résumer En attendant Bojangles. Il y aurait mille et une façon de raconter cette histoire. Mais comment ne pas trahir  le rythme, les couleurs, et la fraîcheur du roman ? Impossible je crois, en tout cas pour moi. Ne me tenez donc pas rigueur de cette piètre tentative de synthèse rigide et insipide ci-dessous. Il va de soi qu’elle ne fait guère honneur au style du roman.

En attendant Bojangles raconte donc l’histoire d’une famille un peu (beaucoup ?) déjantée qui  vit au rythme de la mère, femme insouciante, éthérée, et libre de toute convention. Elle embarque son mari, Georges et son fils dans une vie de fêtes, de gins, de danses et de pied de nez à la réalité. Ils sont heureux. Jusqu’au jour où la dite-réalité, âpre et dure, la rattrape : et quoi que de plus terre-à-terre et pragmatique qu’un inspecteur des impôts venant frapper à votre porte ?  La folie douce de la mère devient alors folie destructrice, la vie de la famille s’en trouve bouleversée et père et fils feront tout pour ramener la femme de leur vie à leur coté dans une fuite en avant tragique.

Tragique. Voilà, il tombe comme un cheveux sur la soupe ce mot. Avouez qu’on le retrouve là on ne s’y attends pas. Je vous parle d’un bijou de tendresse et de bonne humeur et PAF ! je vous sors qu’il s’agit d’une oeuvre tragique.  Mais que voulez-vous, la tragédie peut-être belle, émouvante, presque enjouée. Dès lors que Georges rencontre la mère, il sait que les cadres les plus élémentaires de la société et de sa propre vie exploseront. Son amour n’a plus aucune limite.

Une histoire de fous

Oui, En attendant Bojangles est une histoire de fous. De fous qui s’aiment. Le père, Georges, et la mère – qui change de prénom régulièrement – sont fous d’amour l’un pour l’autre et, d’une certaine façon, fous l’un et l’autre.

Elle, la mère, est folle au sens strict de la folie. Elle pense et elle voit le monde d’une façon qui dépasse toute rationalité. Sa folie la mènera à l’asile, d’où elle cherchera à s’extraire bien qu’en ayant conscience qu’elle perd pieds.

Georges lui, est fou de l’aimer. Sa folie est de l’ordre de la démesure et du déraisonnable par l’amour absolu qu’il voue à sa femme, malgré ce qu’elle est.

S’émanciper des normes et des principes qui régissent le Réel

Lire En attendant Bojangles, c’est muscler vos  zygomatiques : cette histoire d’illuminés illuminera votre visage (haha) ! Le rire, franc et calorivore, ne sera d’ailleurs jamais loin. D’abord parce que le narrateur présente une série de situations cocasses avec un regard d’enfant. L’innocence de l’enfance nous conte la folie de la Vie avec ses mots, son insouciance, sa naïveté.

Cet oeil voit, sous l’influence de sa mère, certaines normes comme d’étranges bizarreries. Lecteur, comment ne pas être soi-même tenté de les discuter, de les regarder différemment, de biais et avec du recul. Un exemple : Le jeune narrateur sort très vite du système scolaire ; pour ses parents, l’école est inutile, ennuyante : on apprend mieux en voyageant, en se heurtant à la vie et aux expériences des autres. Si je n’ai rien contre l’école, on peut tout de même admettre que les arguments de la mère sont défendables et invitent à la réflexion.

Il est d’ailleurs assez difficile de ne pas envier cette famille qui vit avec un pareil détachement, qui s’affranchit des contraintes et qui s’offre sa liberté. Liberté de penser, liberté d’être fou, liberté d’aimer, liberté de vivre (et de mourir).

Le mot de la fin

Lire En attendant Bojangles, c’est aussi une belle occasion de vider vos glandes lacrymales. Où que vous soyez. Dans un tram bondé de gens, qui vous regardent renifler et retenir difficilement vos larmes, par exemple.

Alors que vous ne vous en étiez pas encore aperçu, voilà que cette famille un peu dingo vous a embarqué dans ses frasques, pauvre lecteur. Et vous êtes au coté du narrateur, vous le tenez par l’épaule et vous aussi, vous pleurez. Parce que En attendant Bojangles, c’est un peu comme la chanson de Nina Simone (Mr Bojangles, le même que celui du titre) : c’est doux, ça raconte quelque chose d’incongru, d’amusant et en même temps, derrière, se cache une histoire un peu triste.

En attendant Bojangles, c’est beau, ça rend triste, ça amuse, ça rend joyeux, ça agace (ces rimes, qu’elles sont redondantes et pas belles !), ça dépayse, ça poétise (ces rimes, qu’elles sont bien choisies !). Mais surtout, ça nous emmène et ça touche. A découvrir.


 

Pour aller plus loin : 

 

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