Publié dans Littérature

Mort de Martin Gray, auteur de « Au nom de tous les miens »

Hier, nous apprenions la mort de Martin Gray. Il est l’auteur du roman autobiographique Au nom de tous les miens (1971) dans lequel il raconte l’horreur du ghetto de Varsovie et des camps de concentration où il perdra les membres de sa famille.

Au nom de tous les miens fut la première fenêtre qu’il me fut permise d’ouvrir sur la guerre, le nazisme et la Shoah. Fenêtre ouverte innocemment, presque par erreur : ma mère – qui ne lit pas – possédait ce livre et alors que je commençais à manifester une envie de plus en plus forte à dévorer tout ce qui se lisait, elle le confia à mes bons soins.

J’ignorais presque tout de cette période. J’avais bien un peu entendu  parler des camps, ça oui, je me souvenais. Au CM2, notre maîtresse nous avait montrer des photos de ces hommes, décharnés, couchés sur des lits de bois, sans matelas ni couvertures. ça je me souvenais. Comment pourrait-il en être autrement d’ailleurs. Mais à cet âge là, on évite encore de trop pénétrer l’atrocité du réel.51gni4ro10l-_sx299_bo1204203200_

Martin Gray me l’a fait découvrir. Et comment ne pas lui en être reconnaissante ? Son témoignage, sa mémoire, m’ont ouvert les yeux sur cette période si noire, si éloignée de ce qui fait la lumière de l’humanité. C’était il y a presque 15 ans et je me rappelle encore de certaines scènes décrites, celles qui ont lieu dans le ghetto, les gens qui meurent de faim, les nazis qui jouent à se jeter, comme on le ferait d’un ballon, un nourrisson, la mère implorant et cherchant à rattraper son enfant. Les camps, la peur, et l’horreur. Je me souviens aussi de ce passage – très beau – où Martin Gray raconte qu’il parvenait à fuir régulièrement le ghetto, caché sur le toit d’un tramway, jusqu’au jour où un soldat nazi le vit. Et contre toute attente, ce dernier ne donna pas l’alerte. Sous ses yeux, il laissa passer le jeune fuyard.

Ainsi, à peine avais-je découvert plus amplement les nazis que je compris que les Allemands en étaient aussi les victimes et qu’il ne fallait pas sombrer dans un manichéisme primaire. Derrière un même uniforme, pouvaient s’y trouver des bourreaux, comme pouvaient s’y cacher des hommes, des vrais, ceux encore capables d’empathie.

Plus de soixante-dix ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, n’oublions pas. Le temps passe, les survivants et les témoins nous quittent. Le fantasme  malsain autour de cette période de certains de nos contemporains n’est pas la Mémoire. N’oublions pas ce qui s’est passé, et encore moins ceux qui eurent à le vivre.

 

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